Les Petits Carnets d'Alsace

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Lieu de Paix

 

Voilà un sujet qui risque de ne pas emballer grand monde, tout du moins pour nos compatriotes français… car il faut l’avouer, si la mort en général, et en tout pays, est rarement un sujet drôle, la laideur des cimetières français est d’une tristesse à mourir une seconde fois… et on comprend pourquoi la plupart des gens les fuient.


Bien que très particulière, la visite de cimetières est toujours révélatrice de l’idée que l’on se fait de la mort dans les différents pays où on les visite… et par effet miroir, de la vie.



Qui aura déambulé dans quelque lieu de paix allemand, connaîtra cette laideur française…



Lieu de Paix’, c’est une traduction que je propose au terme ‘Friedhof’ (de Fried = la paix (peut-être une racine de Frida la blonde !) et de Hof = la cour, le lieu (que l’on retrouve dans Bahnhof par exemple)… mais pour toute considération linguistique, voir rubrique suivante). On pourrait bien sûr le traduire par ‘Lieu de repos’, ou encore ‘aire de repos’, mais ca fait trop bord d’autoroute…


Le fait est, que lorsqu’on pénètre dans ce ‘lieu de paix/repos’ en Allemagne, c’est un repos pour le vivant.


Là où un vrai malaise/nausée profond nous saisit en France (on a toujours l’impression de s’enfoncer un peu trop en terre en marchant dans ces allées de gravier mou et bruyant), le cimetière allemand est presque un lieu de ‘retrouvaille’ : avec le défunt visité, bien sûr, mais aussi avec soi.


Et sa propre mesure…


Et cela change tout. A l’angoisse repoussante de nos cimetières bétonnés et froids, le lieu de repos allemand répond par une philosophie humble et caressante : ce lieu de paix/repos est un lieu accueillant.



Si jusque là, vous avez été assez sceptique, laissez-moi vous faire cette drôle de visite.


Pas de porte qui grince, ne vous crispez pas.


Venez comme vous êtes. C’est le début de tout.


Ce qui change fondamentalement la donne, c’est que le lieu de repos est ici un lieu de nature.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyez ces arbres, ces buissons, ces pelouses… et écoutez : c’est un lieu de vie.


Là, un écureuil, là, un merle fouille dans les feuilles, tandis que toute une faune de piafs peuple le haut feuillage, chacun y allant à cœur joie pour se faire entendre.


Cela change tout… ce lieu de repos, de paix est un lieu vivant, qui ne vous repousse pas, comme le ferait le silence pesant de nos cimetières sans plafond, sans piafs, sans verdure, où le silence n’est pas vraiment celui des hommes, mais celui, laid et crispant, de l’absence de vie : pierre, béton, et allées de gravier mou et bruyant…


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Grüss Gott’


Un bonjour soutenu. Pas de ‘Hallo’ de potes (Salut !).

Les personnes que nous croisons ont ce regard lourd de la gravité retrouvée.

Ils ne sont pas ‘défaits’, ils sont simplement ‘nus’.


C’est là toute la leçon de ces lieux de repos/paix.



Etre ‘nu’, c’est retrouver en soi l’Essentiel. S’être défait de tout le superflu de nos quotidiens, de toute lutte, de toute ‘guéguerre’ futile… autre sens de ‘lieu de paix’.


C’est retrouver la seule et unique nécessité de la Vie : la chérir…


Cela commence tout simplement par soigner une plante, un buisson, une fleur…


Là où nous avons de lourdes chapes de bétons (peut-être par peur que nos anciens ne ressortent, ou que certains lourds secrets ne filtrent…), les allemands ont un petit monticule de terre, qu’il leur appartient de tenir ‘vivant’.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Vous verrez d’ailleurs dans ces lieux de repos des arrosoirs, des brouettes, des composts : le cimetière est un grand jardin.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et vous verrez également défiler dans les allées des grands-parents, mais aussi des parents, des adolescents, et des enfants, qui, eux, jouent encore à la guerre… mais ils ont encore bien le temps.


Bref, un petit monde qui s’affaire, qui vient soigner une plante, biner un peu la terre, tailler un buisson, parfois même avec talent…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Une manière de mêler de la vie au souvenir du défunt, un peu d’action, un peu de quotidien qui contraste avec nos ‘haltes’ silencieuses et recueillies.


Vous verrez ainsi au gré des saisons quelques petits signes qui montrent ‘qu’on ne les oublie pas’…


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

(A gauche, un petit 'arbre de Pâques’)



Vous avez raison, cela impose le silence.


Mais ne s’agit-il pas d’un silence nourrissant ?...



 

Venez, avant de partir, j’aimerais continuer encore un peu la promenade, et vous montrer quelque chose qui est également propre à l’Allemagne…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Voilà : cette petite stèle commémorative des temps noirs du pays.


Elles jalonnent le pays, discrètes, mais bien présentes dans les esprits.


C’est un ‘quelque chose’ que vous sentirez ici. Quelque chose de ‘prégnant’, et qui n’a pas besoin de défilés commémoratifs pour rester vivant.


Parlez un peu d’Histoire avec les allemands, et vous verrez de suite leur visage se refermer, dans une expression muette mais puissante d’un ‘je suis tellement désolé’.


C’est à la fois une force et une faiblesse de ce pays. Une force, car cela l’oblige à faire table rase du passé, l’oblige plus qu’ailleurs à ‘être meilleur’. Une dette envers ‘tout le monde’ : ce sens des responsabilités envers la Communauté, la Nature… ces vertus que l’on a tant développées dans les rubriques correspondantes…


et c’est aussi sa faiblesse : à la longue, ce mea culpa est pesant, et on ne peut vivre pleinement avec : l’émancipation du passé est une nécessité de vie !



Et c’est enfin ce qui naît depuis quelques années…


Enfin, les drapeaux nationaux ressortent dans la rue… un signe qui ne trompe pas.


La nouvelle génération (qui aujourd’hui a la vingtaine) est précisément cette génération de l’émancipation. Fraîche, pleine de vie…


Bien sûr, leurs aînés regrettent d’ores et déjà certains travers de cette nouvelle génération : esprit de communauté qui s’étiole, individualismes et consumérisme benoît qui se développent…





Mais quoi… tout cela est ni plus, ni moins qu’’humain’.



Si la recherche de la paix est une aspiration universelle, ces lieux de paix, de repos, sont précisément à l’image de ceux que l’on trouve en Allemagne : des lieux d’éternels recommencement où la fleur naît du compost, et s’étiole pour redevenir compost, d’où naîtra une nouvelle fleur, qui à son tour, etc. …


et ce éternellement…

 

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