Allemagne
C’est bien connu, les français sont les champions du monde du pessimisme.
Je sais pas si c’est vrai, mais ca ne m’étonnerait pas, vu comme on est mauvais…
Non mais regardez-moi ca, ce laisser-aller !
Aucune envie, aucun élan, aucun espoir, aucun projet… ca traîne des pieds, ca rouspète, ca sort dans la rue pour un pet de travers… non mais qui au monde pourrait encore croire à la ‘Grande Nation’ ?
Franchement, c’est fini tout ca, le pays révolutionnaire, pays des lumières, queutchi !
Symptomatique : ceux qui ont un travail vous diront combien ils leur reste à faire, ceux qui n’en ont pas vous diront combien ils leur reste de mois de droit, et ceux qui sont encore à l’école, combien il leur reste d’année jusqu’au bac…
J’exagère ?
Tenez donc, voyez : comment se nomment les classes du collège et du lycée ?
Sixième, cinquième, quatrième, etc.…, jusqu’à la fameuse ‘terminale’, qui précède le début de la fin, ou la fin de début… bref : dès l’âge de 12 ans, les gamins comptent ce qu’il leur reste. C’est symptomatique, j’vous dis !
Alors, combien il t’en reste jusque soixante deux ?...
…
L’allemand, lui, est autrement plus positif.
Tout d’abord, il sait qu’il faudra un jour patienter jusque 67 ans, voire même 69 (un bon chiffre pour permettre de faire un peu d’humour délicat comme on l’aime tant dans les manif’ folkloriques bien de chez nous…), et puis parce qu’il ne sait jamais trop quand la période d’école se terminera…
L’allemand compte donc ce qu’il a déjà fait. Cinquième classe, sixième classe. C’est toujours ca de gagné. Et un jour, si tout lui réussit, il arrivera au fameux ‘Abi’ (Abitur), l’équivalent du bac, longtemps passé à 19 ans, et qui fut récemment ramené à 18 ans (uniformisation des voies diplomantes européennes oblige).
Qu’à cela ne tienne, l’allemand ne s’en trouve pas démuni le moins du monde : le Zivildienst l’attend pour environ une année.
Pendant ce temps là, après la ‘Terminale’, que se passe-t-il donc chez nous ?... la terminale n’est-elle donc pas le bout du bout ?
Hé non : on repart dans l’autre sens : Bac+1, Bac+2,… là, il faut avouer qu’expliquer cette logique à nos voisins est une nouvelle affaire…
Car pour comprendre cela, il faut bien avoir intégré toute l’essence du pessimisme franco-français. C’est une tradition : on cumule les années d’études parce qu’on ne sait jamais vraiment quand le marché de l’emploi des jeunes sera propice, alors en attendant, on cumule…. Bac+1, +2… on fait une réforme LMD pour pousser un peu les fainéants du Bac+2 vers le +3, et ainsi jusque parfois des bac +8 !...
Et pendant ce temps là, maman repassera les pantalons… jusqu’à ce qu’enfin, le fiston presqu’arrivé à la trentaine, décroche un job auquel il devra s’agripper en comptant patiemment jusqu’à atteindre le 60, ou 62…
Madame, que dites-vous ?
Vous sentez une pointe d’ironie dans tout cela ?
Désolé… je fais de l’humour français… mais si vous avez un peu de mal avec cela, vous pouvez toujours consulter la rubrique suivante !
…
Mais soit, française, je vous ai comprise.
Alors voyons donc comment cela se passe en Allemagne…
Nous avions donc laissé notre jeune diplômé au Zivildienst, dont il revient ragaillardi et frais comme un gardon pour la vie qui s’ouvre à lui… qu’advient-il donc de lui à présent : hé bien il va commencer lui aussi ses études !
Il prend donc le catalogue de l’université et fait son choix.
Oui, il feuillette le ‘Vorlesungsverzeichniss’, bon pavé saignant de 1350 grammes, comme on feuilletterait un catalogue de Quelle*, et se bricole donc un cursus dans son coin.
L’université est ainsi considérée en Allemagne : des cours de toute nature sont dispensés à telle heure à tel endroit, peu importe qui y participe. A chacun de piocher comme il l’entend. La liste des bouquins supports du cours est éditée, libre à chacun de venir en amphi ou d’étudier à la maison aux heures qui lui siéent (joli mot n’est-ce pas ?... pour les plaisirs de la langue, vous pouvez toujours consulter la rubrique correspondante…).
C’est sûr, cela change la vie à l’élève futur ingénieur venu de France qui, jusque là, s’était contenté d’apprendre plus ou moins par cœur ce qu’on lui donnait à apprendre et à le régurgiter les jours d’examen.
Là, il est soumis au grand CHOIX… une expérience traumatisante…
Traumatisante, bien sûr, car il est voué à lui-même : ce sont ‘ses’ études… et il doit donc se poser la terrible question ‘que veux-tu étudier ?’…
… tout ce qu’il avait enfoui jusque là dans les tréfonds de son âme et de son placard resurgit soudain, avec toute son angoisse existentielle…
‘Qu’est ce que tu veux faire plus tard ?’…
… Brrrr, rien que d’y penser, j’en ai froid dans le dos…
Nombreux sont ceux qui arrivent à 60 (ou 62) sans y avoir répondu…
…
Il ne faut cependant pas se voiler la face : l’étudiant allemand n’est pas plus à l’aise… de fait, les premières années d’études seront souvent une expérience de l’échec.
Mais cela fait partie de l’apprentissage : la construction personnelle est à ce prix.
Cela signifie-t-il pour autant qu’on jette l’oisillon depuis la cime du chêne sans plus de précaution ?
… évidemment non : l’étudiant allemand habite le plus souvent en WG, se meuble au Sperrmüll et se dégote un ‘Nebenjob’ (petit boulot) pour construire son autonomie. C'est-à-dire qu’il repasse lui-même ses pantalons (ou non, mais ce sont des considérations esthétiques)…
Evidemment, la durée des études s’en retrouve rallongée : il n’est pas rare de terminer ses études à 26, 28 ans, ce qui a quelques effets collatéraux :
- premièrement, un problème particulièrement préoccupant : un français qui aura bien étudié (bien ‘appris’) et aura bouclé son cursus Bac+5 en un temps record se présentera sur le marché du travail à 23 ans, sera éconduit en France (zut, on n’avait dit ‘plus d’humour français’…) et ira donc tenter sa chance à l’étranger, où il gagnera plus (zut… ca m’a échappé… c’est promis, j’arrête), par exemple en Allemagne, où il aura malgré tout grand peine à trouver un boulot sans se voir scruté d’un drôle d’œil signifiant ‘dis-moi, tu t’es échappé de la garderie ?’… et quand bien même, il en dégoterait un, les grilles de salaire ne lui seraient bien souvent pas avantageuses…
- secondement et plus anecdotiquement : les jeunes femmes allemandes qui ont étudié feront leurs premiers pas professionnels à l’approche de la trentaine, ce qui n’est pas sans effet sur le taux de natalité allemand, tandis que (fait étrange), les champions du pessimisme copulent comme des sauvages de l’autre côté du Rhin…
…
Mais ce ne sont que des effets collatéraux, car l’histoire se finit bien : l’étudiant méritoire, au terme de sa vie étudiante allemande, passera dans le monde des ‘Grands’, avec un titre qui le qualifiera autant (parfois même plus) que son âge et son sexe. Günter Schumacher s’appellera demain ‘Herr Doktor Schumacher’ ou même ‘Herr Professor Schumacher’, titre très honorable que l’on lui servira dès lors fidèlement et qu’il sera même en droit de faire valoir… il peut ainsi le rajouter à son nom et l’intégrer à sa carte d’identité.
Un trait que vous remarquerez sur les cartes de visites, et qui surprend au début, notamment quand vous consultez les classements d’une course à pied et que vous voyez devant le nom de certains participants les fameuses abréviations correspondantes…
…
Quelle note mettre à tout cela ?...
Bonne question !
Une note sur 20 à la française (ou sur 10 ou sur 40…) ou alors une note avec une lettre à l’allemande (de A (excellent) à G ou H (très mauvais)) ?...
…
Gardons voir la notation que nous avions jusque là, car si on commence à définir les équivalences d’un C+ en note sur 20, on va mal finir…

Aller, pour la paix sur terre, on ne va pas se mouiller : il paraît malgré tout que l’excellence des universités françaises a une renommée internationale, c’est qu’elles doivent être excellentes (vous pensez que c’est de l’humour français ?).
Et puis nos voisins sont tellement pompeux avec leur titre qu’un peu d’humilité ne leur ferait pas de mal… 2 à tout le monde, sauf bien sûr à ceux qui ont le double diplôme, qui ont étudié dans les 2 pays et pour lesquels il n’existe pas de titre officiel, qui mériteraient donc largement plus ! ;-)

* Vous vous souvenez, ce truc, qu’on prononce ‘Quelle’ où on envoyait des commandes de pulls et de mitaines… saviez-vous que c’était une entreprise allemande ? Hé oui, en fait Quelle (qui se dit ‘kvelleu’) signifie ‘la source’ en allemand.
L’entreprise a malheureusement fait faillite en juin 2009 : vous trouverez ci-contre le dernier exemplaire collector de la plus chaude des revues d’ado prépubaires !…